La gestion de configuration du futur.

"Il y a limite à toute chose, mais il n'y pas une chose qui soit une limite" inconnue

Commutativité des systèmes et des ingénieries.

Plusieurs de mes interlocuteurs m'interrogent souvent à propos de ma conception du rapport entre la gestion des configurations et l'ingénierie des systèmes par exemple. Ce à quoi je rétorque volontier que je suis plutot préocupé par le rapport entre l'Ingénierie(s) de(s) Système(s) et les Système(s) d'ingénierie(s). Cette espèce de commutativité des notions est commode pour déclencher des tempêtes sous les crânes. Comme souvent l'etymologie des termes employés est éclairante. L'ingénieur serait le conceveur de machines, et le système (du Grec systema) est l'assemblage. Ainsi l'ingénierie des systèmes serait l'activité de conception de machines assemblées. J'accèpte volontier cette définition. Mais quand est-il de son homologue ? Les sytèmes d'ingénieries s'apparentraient à des assemblages de conceptions.

En effet, a force de concevoir des engins, ceux ci finissent par entretenir des rapports (vertueux) entre eux. Et comme souvent, le tout est plus que la somme des parties. Dès lors pour manipuler ce nouvel ensemble (d'engins entretenant des rapports avec d'autres engins) il convient d'étudier et de concevoir des méthodes, des dispositifs, des actions ordonnancées et normées dont on tire bénéfice à l'usage et qui constituent une ingénierie de systèmes d'ingénieries.

Vous l'aurez compris, les "choses" ne sont pas simples. Et c'est sûrement la raison pour laquelle il est souvent fait mention de systèmes complexes. D'autant qu'il n'y a pas de limite théorique à ces assemblages d'assemblages. Mais il existe des limites conceptuelle à l'assemblage de conceptions. Et si nous conçevons ce que nous connaissons, il y a donc une limite à la complexité des engins que nous pouvons concevoir.

La gestion de configuration du futur existe déjà.

Gérer la configuration de systèmes dont la complexité dépasse notre capacité conceptuelle, voilà bien un défis pour l'intelligence artificielle qui se joue des Big Datas. Fini les débats existentialistes à propos du choix stratégique du niveau de granularité des composants de configuration : tout est enregistré jusqu'au dernier boulon. Fini l'angoissante question de la définition d'un building blocs c'est l'IA qui s'en charge en fonction des rapports de corrélations existant entre le nombre d'éléments identifiés par niveaux d'assemblage et leur occurences dans les solutions. Un problème de politique produit? Pas de panique, les caractéristiques produit sont définis par des critères d'usage directement dédui des remontés d'informations des solutions in situ. Merci aux capteurs connectés et à l'internet des objets. Un produit est la correlation entre un groupe d'assemblage de composants et un groupe de fonctionnalitées majeures. Bingo! J'imagine que tout cela existe déjà dans bon nombre de laboratoires d'étude des systèmes complexes (en Europe ou aux Etats-Unis) et ce n'est même plus de la science fiction.

l'IA finira donc par prendre le contrôle ?

Pas tout à fait. Car si j'imagine volontier des dispositifs IA prenant totalement en charge la partie Identification, Enregistrement, Documentation et Audit du dispositif ICAD(E)¹, ce n'est pas le cas de la partie Contrôle. Rappelons que le contrôle n'est pas synonyme de vérification. Il s'agit d'une prise de décision vis-à-vis d'un changement d'état de la configuration. Lorsque de nouveaux besoins apparaissent l'entreprise se place en situation de réponse à appel d'offres. Une bonne réponse s'appuie sur une étude rationnelle. Il est probable que cette étude d'aide à la prise de décision s'appuie sur des ratios risques/opportunités d'ordre économique et technologique, sur une mesure de l'apétance du marché, sur des indicateurs clés mesurant les performances comptables de l'entreprise des 6 dernières années, sur une estimation des coûts de maintenances, d'approvisionnement des pièces, de support des solutions. Et d'une infinités d'autres variables dont les valeures peuvent parfaitement être dictées par un processus algorithmique. Il en va autrement de la capacité du même algorithme de répondre pertinement à notre goût pour la créativité, notre gout pour les contradictions, et nos envies imprédictibles de changements.

L'humain trop humain

L'humain est (entre autres) un système complexe et chaotique par excellence. Et ce sont certainement nos imperfections et nos contradictions qui nous sauvent d'une morne platitude quotidienne déjà pas mal codifiée. Il est plutôt a craindre le moment ou nous attendrons les derniers produits d'une intelligence artificelle nous "proposant" des réalisations de jeux vidéos, des créations d'objets utilitaires, des intrigues littéraires, que nous trouverons tous tellement plus interessants, plus émouvants, plus perfectionnés et plus innovants que ceux proposés par la communauté humaine. Il ne sera même plus question de savoir si cela sera produit par un humain ou pas, il s'agira de constater que la machine deviendrait plus pertiente dans ses réponses à nos envies. Dans une telle situation il serait plus souhaitable d'être une machine qu'un humain. Pour un humain tout du moins.

Mais cela ne risque pas d'arriver de si tôt, n'est-ce pas ?


¹ ICADE est l'acronyme de Identifier Contrôler Auditer Documenter Enregistrer. Socle méthodologique des pratiques de gestion de configuration

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